GUS - Fertilia 15 settembre 2025
GUS - Fertilia 15 settembre 2025

Yassine. De Tunis à Fertilia

Cet après-midi de septembre 2025, le GUS (Gruppo Umanità Solidarietà) a réuni quelques uns des pensionnaires du centre d’accueil pour migrants de la ville de Fertilia, en périphérie d’Alghero, une colonie créée à l’époque fasciste, précisément en 1936, afin d'italianiser ce coin catalan de la Sardaigne 

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en y installant des paysans de la région de Ferrara, dans la vallée du Pô, et en leur donnant pour tâche d’assécher les marais infestés de paludisme de cette région de la Nurra, tout au nord-ouest de l'île, qui serait ainsi transformée en jardins.

Après la seconde guerre mondiale, Fertilia a aussi accueilli une importante population d’exilés italiens d’Istrie, de Fiume et de Dalmatie, persona non grata de la nouvelle Yougoslavie de Tito, qui y vivent toujours et ont créé Egea, un musée pour raconter leur histoire de déracinement.

Yassine, jeune homme d’une vingtaine d’année, d’allure frêle avec son bras droit anémié et ses petites mèches blondes de footballeur, est un des premiers à prendre la parole :

La situation n’était pas bonne pour moi à Tunis, et quand j’ai décidé de partir pour l’Europe, le pays évident c’était l’Italie.

J’allais dès que je pouvais au port de la Goulette, et j’essayais de monter sur les ferries Grimaldi qui font la route pour Palerme ou Gênes. Trois fois j’ai réussi à me faufiler et trois fois ils m’ont rattrapé, mis en prison, puis libéré.

Je cherchais toutes les solutions, et un jour un voisin à moi, qui voulait lui aussi partir, m’a appelé pour me dire qu’un bateau l’attendait à Bizerte, dans le nord. Il m’a aussi expliqué que le passage coûtait 6500 dinars, presque 2000 euros. Je n’avais pas d’argent, mais j’ai fait semblant que si, je lui ai dit que c’était bon.

Arrivé sur la plage, au lieu d’embarquement, je suis allé voir le responsable et je l’ai supplié. À la fin il m’a laissé monter avec les autres.

On était vingt-et-un, la mer était agitée, et le canot pneumatique se dégonflait. Le conducteur a dit qu’on ne pouvait pas continuer ainsi, qu’on n’arriverait jamais au bout. J’avais sur moi un sifflet, et comme un petit bateau de pêcheurs passait par là, je me suis mis à siffler comme un fou. Mon ami lui agitait sa veste et les pêcheurs ont fini par s’arrêter. Ils nous ont donné à boire, à manger, et ont appelé les secours.

Un bateau de sauveteurs français est arrivé. On est monté et de suite il est parti en sens inverse d’où on venait. J’ai eu peur qu’ils nous ramènent en Tunisie. Une côte est apparue, je ne reconnaissais rien. C’est seulement quand j’ai vu la voiture de police que j’ai compris qu’on était bien en Italie.

On a débarqué à Cagliari, puis ils nous ont amenés au centre d’accueil de Monastir, où j’ai vécu huit mois, et maintenant à Alghero depuis plus d’un an.

Au début je ne parlais pas bien italien, mais là je me suis beaucoup amélioré. Toutes les semaines je vais à l’école, et dans cette ville j’ai rencontré plein d’amis. D’abord j’ai travaillé comme gardien de nuit pour un restaurant, et maintenant je suis aide de salle dans un bar. Je me sens bien ici, j’ai fait beaucoup de sacrifices pour arriver là mais je sens que je suis en train de me construire un futur.

 

 

Yassine

Enregistrement et texte de Fran¢ois Beaune
Ancien Hostel de Fertilia - 15 Septembre 2025

 Alghero
Gruppo Umana Solidarietà

 

 

 

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